Gala n'était pas considérée comme une beauté conventionnelle, mais aux yeux de Dalí, elle était éblouissante. Avant de la rencontrer, Dalí était un jeune homme profondément troublé, rempli de phobies et d’insécurités, notamment en ce qui concerne l'intimité physique. Il était au bord de l'effondrement, un artiste brillant mais profondément brisé, paralysé par une longue liste de phobies et une peur irrationnelle des contacts physiques. Son obsession pour Gala était totale, au point qu'il affirma un jour : « J’aime Gala plus que ma mère, plus que mon père, plus que Picasso, et même plus que l’argent. »
C'est là que commence ce qui est considéré par beaucoup comme l'histoire d'amour la plus belle, mais aussi la plus déconcertante du 20e siècle. Le déclic a eu lieu en 1929, à Paris, où Dalí présentait son film surréaliste Un Chien Andalou. Il invita un groupe d'amis et d'artistes à passer l'été dans la maison familiale de Cadaqués, en Espagne. Parmi les invités se trouvait Gala, une femme russe.
Le moment où Dalí et Gala se rencontrèrent fut un bouleversement total pour eux deux. C'était une attraction instantanée, « fatale » : une rencontre qui changea à jamais le cours de leurs vies. Leur passion fut immédiate, et ni l’un ni l’autre ne purent y résister. Même si Gala était déjà connue dans le milieu artistique pour sa liaison avec Max Ernst, Dalí représenta un tournant dans sa vie. Elle décida de quitter sa vie à Paris pour s'installer en Espagne avec cet artiste relativement inconnu, excentrique.
Dalí admettait régulièrement que Gala était son unique bouée de sauvetage. Il disait souvent à ses amis et biographes qu’elle était la seule chose qui le maintenait entre la folie et la tombe. Avant elle, il était un tourbillon de talent brut et d'instabilité mentale. Il commença à l’appeler sa « Gradiva », en référence à une figure mythologique qui guérit par sa simple présence. Gala lui apporta la structure, la confiance et l’ancrage émotionnel qui lui permirent de fonctionner dans un monde qu'il trouvait souvent terrifiant.
Gala possédait un talent remarquable pour repérer le génie avant tout le monde. Lorsque Dalí la rencontra, il était pauvre et sa célébrité loin d’être assurée. Elle devint bien plus qu'une amante : elle devint sa manager astucieuse et inflexible. Elle négocia des contrats importants, garantissant une promotion massive de son travail aux États-Unis. Elle protégeait farouchement son temps, agissant comme une sentinelle afin qu’il puisse se concentrer uniquement sur sa peinture.
Depuis 1929, il est presque impossible de trouver une œuvre majeure de Dalí qui ne présente pas Gala. Elle devint sa muse permanente, apparaissant dans ses œuvres sous toutes sortes de formes : déesse grecque dans Leda Atomica ou icône religieuse dans ses pièces ultérieures. Leur identité devint tellement fusionnée que Dalí signait parfois ses œuvres sous le nom de « Gala-Salvador Dalí », croyant que leur succès était autant le sien que celui de Gala.
Au fil des décennies, leur relation devint plus complexe et peu conventionnelle. Dalí acheta pour Gala un château médiéval à Púbol, en Espagne, un endroit où elle pouvait être seule ou recevoir ses propres invités. Dans un geste profondément respectueux, Dalí accepta de ne jamais visiter le château sans invitation formelle. Il respecta cette frontière jusqu’à la fin de leur relation, la considérant comme un signe de son profond respect pour sa liberté.
Lorsque Gala mourut le 10 juin 1982, la vie de Dalí en tant qu’artiste prit fin. Sans sa manager et muse, il sombra dans une dépression profonde et sa santé se détériora rapidement. Dans un ultime acte d’amour, il fit transférer son corps de leur maison de Port Lligat au château de Púbol pour l’y enterrer, honorant une promesse qu’ils s’étaient faite. Il passa ses dernières années à pleurer celle qui avait été son ancre, sa sauveuse, et son âme.
Le lien entre Dalí et Gala révèle que le véritable amour est plus qu’une passion : c'est une force spirituelle, un pouvoir de guérison capable d’adoucir même les blessures les plus profondes de l’âme. Parfois, le bon partenaire ne se contente pas de marcher à vos côtés — il rend votre existence même possible.
Sources :
Biographies de Salvador Dalí
Témoignages sur Gala Dalí et sa gestion de la carrière de Dalí
Archives et correspondances de Salvador Dalí et Gala
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