Mon père m’a tendu deux pinces à linge.
« Ça, » m’a-t-il dit, « c’est l’histoire de tout. »
Dans une main : une pince à linge des années 1960. En bois massif, lisse après des décennies d’utilisation. Soixante ans plus tard, elle fonctionne encore parfaitement.
Dans l’autre : une pince à linge de 2025. Plus légère, d’un bois plus pâle et fragile. Le ressort est fin, instable. Présentée comme « ultra résistante », ce qui a simplement fait lever un sourcil à mon père.
À première vue, ce ne sont que deux pinces à linge. Pourtant, elles racontent une histoire bien plus vaste — le passage de la durabilité au jetable, du savoir-faire à la réduction des coûts, de la responsabilité à la consommation permanente. C’est l’obsolescence programmée à l’œuvre.
Les produits sont conçus pour échouer afin que nous soyons obligés d’en racheter. Lentement, discrètement, ils se détériorent : fils effilochés, charnières fissurées, ressorts fragiles. Non pas parce que nous désirons davantage, mais parce que l’ancien n’a jamais été conçu pour durer.
Les conséquences sont partout. Les décharges débordent. Les portefeuilles se vident. Et, peut-être plus silencieusement encore, nos esprits s’habituent à l’impermanence, à l’idée que rien n’est fait pour durer.
Et si cette philosophie dépassait les objets ?
Et si elle influençait aussi notre manière de traiter les relations, les communautés, les maisons, voire la Terre elle-même — comme quelque chose de temporaire, remplaçable, jetable ?
Il n’est pas nécessaire que ce soit ainsi. Cette pince à linge des années 1960 nous rappelle qu’un autre chemin est possible. Que nous savions autrefois fabriquer pour durer — et que nous pouvons le faire à nouveau. Que la qualité, le soin et l’intention comptent. Que nous pouvons concevoir pour réparer, pour transmettre, pour donner du sens.
L’histoire que je tiens dans ma paume parle de bien plus que de linge.
Elle parle des choix que nous faisons — et du monde qu’ils façonnent.
Bonjour Blandine ^^
RépondreSupprimerJe passerais lire tout ce week-end ^^
Désolée je n'ai pas d'excuses ^^
Bisous et bonne soirée ^^
une belle sagesse se dégage de cette histoire et ce qui est amusant c'est qu'actuellement on te vend de l'électroménager avec un indice de réparabilité mais au final cela te revient plus cher de réparer que de racheter et cela me fait bisquer à un point oulala...D'ailleurs à une époque les téléviseurs étaient programmés pour tomber en panne au bout d'un certain nombre d'années et soit disant irréparables ,c'est un réparateur qui avait dit ça à mon frère et qui lui a demontré que celui qui s'y connaissait un peu pouvait le remettre en service d'un coup de cuillère à pot en l'ouvrant, je ne me rappelle plus comment il fallait faire mais qu'importe...C'est comme les voitures ça te coute un brin pour les réparations avec toute cette technologie alors qu'avant il te suffisait d'avoir un bon mécano et les pièces étaient à prix abordables...Ce n'est jamais de gaieté de coeur qu'on achète pour remplacer dans un temps court et on n'a pas toujours les moyens de remplacer ce qui est cassé...ça m'énerve cette sur consommation qu'on nous impose ....On est tellement habitué à cette façon de faire en plus c'est désolant.....
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